L’expédition vue d'en haut, dans les blocs

Le mode d’emploi

Réussir l’ascension

Le Kilimandjaro n’est pas une course technique. Pas de corde, pas de piolet, pas de secret réservé aux alpinistes. C’est une longue marche où l’air se fait rare. Ceux qui le ratent vont trop vite, trop court, ou se taisent trop longtemps.

Ces pages sont un retour d’expérience de la mission imaginée par Guillaume Sevin, durant laquelle six militaires blessés ont tous atteint Gilman’s Point. Il s’agit d’autant de rappels de bon sens, au sujet de ce que la montagne impose. Ces conseils ne remplacent ni un guide, ni un médecin, ni votre agence de voyage le cas échéant !

  • 5 890 m

    Uhuru Peak, le toit de l’Afrique

  • 7 jours

    En dessous, on offre des regrets

  • Pole pole

    Le seul rythme qui arrive en haut

  • 3 à 4 L

    D’eau, chaque jour, avant la soif

Choisir

Cinq voies. Une seule loi.

La loi : le nombre de jours compte plus que la forme physique. Umbwe, la plus courte et la plus raide, n’est pas une voie de premier sommet. Pour le reste, cliquez.

6 jours, pas 5

Marangu

La voie de la mission, en juin

La seule voie en huttes. Mandara, Horombo, Kibo, puis la nuit vers Gilman’s Point et Uhuru. En juin, l’expédition de Guillaume Sevin est passée par là, avec le jour de Zebra Rock à Horombo. Ce jour-là n’était pas une promenade. C’était le jour où les corps ont compris.

  • Cinq jours sur Marangu est le choix qui laisse des gens au camp. Le jour d’acclimatation n’est pas un luxe.
  • Les dortoirs sont simples, parfois bruyants. Bouchons d’oreilles, sac de couchage chaud, lampe.
  • La nuit du sommet part de Kibo, vers 4 700 m. On redescend très bas le jour même : les genoux comptent autant que les poumons.

Traverser

Quatre mondes en une semaine

La branche moussue, le sentier de racines

1 800 - 2 800 m

La forêt

Pole pole dès la première heure. La cape à portée de main. Les yeux en l’air : les colobes ne préviennent pas.

Partir vite parce que l’air est encore bon. Le sommet se joue dans cette première gourmandise.

Mawenzi entre les buissons

2 800 - 4 000 m

La lande

Manger sans faim, boire sans soif, dormir quand le jour tombe, tôt. Le jour de côté, vers un point de vue, est le meilleur médicament.

Sauter le jour d’acclimatation pour « gagner » une nuit d’hôtel. On ne gagne rien. On redescend.

Un bloc immense, des immortelles, le Kibo enneigé

4 000 - 5 000 m

Le désert

Couvrir la tête, le cou, les mains avant d’avoir froid. Le vent sur les cendres dessèche plus que le soleil des cartes postales.

Croire qu’un mal de tête « fait partie du jeu » et se taire. Le guide ne devine pas. Il faut le dire.

Le dallage de pierre, Kibo enneigé

5 685 puis 5 890 m

Le sommet

Un pas, le souffle, un pas. À Gilman’s Point, on boit, on juge, et seulement ensuite on décide Uhuru. Dix minutes en haut, puis on descend.

Rester pour une photo de plus. Le froid et le manque d’air ne posent pas avec vous.

La nuit qui compte

De Kibo à Uhuru Peak, puis redescente au plus vite

La mission est partie vers deux heures, tant la fatigue pesait. Les frontales perçaient un ciel d’encre. Chaque pas sur les cendres glissait un peu en arrière. C’est une danse lente. On ne la gagne pas en héros. On la tient en cordée.

L’expédition au-dessus de la mer de nuages
  1. La veille

    Dîner tôt. Le sac de sommet est fait avant le coucher : doudoune, gants, lampe, eau, sucre, couche de trop. On ne cherche rien dans le noir.

  2. Minuit

    Le thé est trop sucré et c’est très bien. On s’habille comme pour un hiver qu’on n’a pas encore, parce qu’il arrive au-dessus.

  3. Deux heures

    Départ. La file des frontales. Le rythme est lent au point de sembler absurde. Il est le seul rythme juste.

  4. L’aube

    Le soleil passe derrière Mawenzi. Une pause, un café, un regard. C’est souvent là que les jambes reviennent à ceux qui doutaient.

  5. Gilman’s

    5 685 m. Premier vrai sommet. En juin, les six militaires blessés y sont tous arrivés. Uhuru est encore deux cents mètres, parfois une heure.

  6. Uhuru

    5 890 m. Il n’y a plus de pente. On se dit qu’on y est. On s’embrasse. On fait la photo. On repart.

  7. Le jour

    La descente est longue, souvent jusqu’à un camp bien plus bas. Les bâtons sortent. Les genoux deviennent le sujet. On boit encore.

Emporter

Le sac qui arrive en haut

Moins on porte, mieux on marche. Le porteur a une limite : autour de vingt kilos, son sac compris. Votre duffel reste sous quinze. Le reste, c’est vous qui le portez, et vous le sentirez à quatre mille.

  • Chaussures de marche déjà faites sur une longue journée. Jamais neuves le matin du départ.
  • Deux ou trois paires de chaussettes techniques. Le coton reste à Moshi.
  • Guêtres : la boue de la forêt, puis la cendre du sommet.
  • Bâtons, pour qui marche bien sans être un champion. À la montée ils économisent, à la descente ils sauvent les genoux. Un athlète de très haut niveau peut s’en passer. Les autres non.
  • Trois couches : un sous-vêtement chaud, une polaire ou une doudoune légère, une coque coupe-vent imperméable.
  • Bonnet, tour de cou, gants chauds et une paire fine pour manger ou photographier.
  • Lunettes de soleil de montagne, catégorie 3 ou 4. Une paire de rechange. Crème indice 50, stick à lèvres.

La vie sur la montagne

55 conseils pour tenir, pas pour paraître

Pluie, froid, faim, tourista, moustiques, vaccins selon le passeport, cendre, bâtons, Moshi et ses pièges, et à qui la montagne déconseille de partir. Ce n’est ni un substitut au guide, ni la règle d’entrée de la Tanzanie.

  1. 01

    La petite rando ne prépare pas à ça

    Si vos sorties restent sous 3 000 m, le Kilimandjaro n’est pas une longue marche de plus. C’est physiquement éprouvant. Le mal des montagnes et l’œdème ne préviennent pas toujours. On le déconseille sans une préparation longue et un avis médical. On ne part pas « pour voir ».

    La petite rando ne prépare pas à ça
  2. 02

    Des mois, pas un week-end

    Sorties longues, du dénivelé, le sac sur le dos, plusieurs mois. Une VMA de compétiteur n’est pas exigée. Une balade du dimanche ne suffit pas. Le sommet se joue dans les jambes que vous avez construites avant l’avion.

    Des mois, pas un week-end
  3. 03

    Les bâtons, sauf si vous êtes un champion

    Pour un marcheur très entraîné, qui n’est pas un athlète de haut niveau : les bâtons. Ils économisent à la montée et sauvent les genoux à la descente. Guillaume Sevin, ancien élite, très haute VMA, s’en est passé. Ce n’est pas à copier. Les autres les prennent.

    Les bâtons, sauf si vous êtes un champion
  4. 04

    Ne portez pas le sac d’un champion

    Le D850 grippé, trois optiques pro, neuf batteries : ça tient si le corps est celui d’un ancien compétiteur. Pour un trek régulier sans entraînement soutenu, un compact léger. Le poids inutile se paie en altitude, pas à la maison.

    Ne portez pas le sac d’un champion
  5. 05

    La pluie et le froid, avant d’en avoir

    Trois couches dès le sac du matin : un sous-vêtement chaud, une polaire ou une doudoune, une coque coupe-vent. La cape à portée de main dans la forêt, pas au fond du duffel. Bonnet, cou, gants avant que le vent du désert le décide à votre place.

    La pluie et le froid, avant d’en avoir
  6. 06

    Le duvet n’est pas un luxe de hutte

    Sac de couchage confort autour de −10 °C. La mention « extrême » des étiquettes est un mensonge commercial. Dans la hutte, on dort habillé si la nuit tombe sous zéro. Une gourde chaude dans le duvet.

    Le duvet n’est pas un luxe de hutte
  7. 07

    Manger sans faim

    L’appétit disparaît. Le corps, non. Petites bouchées, souvent, de ce que vous aimez vraiment : un fruit, un biscuit, un morceau de fromage, le plat du cuisinier même s’il semble trop. Sauter un repas est une dette que le sommet réclame.

    Manger sans faim
  8. 08

    La tourista se gagne à Moshi, pas à 5 000 m

    Mains lavées avant chaque repas. Fruits que vous pelez vous-même. Pas de glace, pas d’eau dont vous ne connaissez pas la source, méfiance avec les jus ouverts au marché. Sels de réhydratation dans la pharmacie, prescrits avant le départ. Sur la montagne, un ventre vide ne « tient » pas.

    La tourista se gagne à Moshi, pas à 5 000 m
  9. 09

    Boire avant la soif

    Trois à quatre litres dans la journée. Une gourde large, plus simple à remplir. L’urine claire est le seul tableau de bord honnête. Le thé trop sucré du réveil de minuit compte, lui aussi.

    Boire avant la soif
  10. 10

    Doubler une colonne, sans courir sur la cendre

    Le sentier du sommet est une cendre volcanique instable : le pied glisse en arrière. On ne sprinte pas pour dépasser. On attend un créneau, on prévient, on passe d’un pas régulier, bâtons plantés si vous en avez. Courir ici use le souffle et casse les chevilles. La file d’à côté n’est pas votre rythme.

    Doubler une colonne, sans courir sur la cendre
  11. 11

    Pole pole, dès la première heure

    L’air de la forêt trompe. Partir vite parce que ça semble facile est la faute qui se paie à Kibo. Le guide qui dit doucement a raison, même si une autre cordée vous dépasse.

    Pole pole, dès la première heure
  12. 12

    Le jour de côté n’est pas une promenade

    Zebra Rock, ou l’équivalent sur votre voie : on monte un peu, on redescend dormir plus bas. C’est le jour où le corps comprend. Le sauter pour « gagner » une nuit d’hôtel fait redescendre des gens pour de bon.

    Le jour de côté n’est pas une promenade
  13. 13

    Sept jours, ou six avec un vrai palier

    En dessous, on offre des regrets. Cinq jours sur Marangu est le choix qui laisse des marcheurs au camp. Le nombre de jours compte plus que la forme affichée au départ.

    Sept jours, ou six avec un vrai palier
  14. 14

    Dire au guide le vrai état

    Mal de tête, nausée, sommeil bizarre, souffle court au repos : on le dit. La version courageuse est la plus dangereuse. Le guide ne devine pas sous un bonnet.

    Dire au guide le vrai état
  15. 15

    Savoir redescendre

    Démarche qui tangue, confusion, vomissements répétés, toux grasse, lèvres bleues : on descend tout de suite. Ce n’est pas un abandon. L’œdème ne négocie pas. « Je continue pour ne pas décevoir » est la phrase à ne jamais prononcer.

    Savoir redescendre
  16. 16

    Dix minutes en haut, puis on part

    Gilman’s Point d’abord. On boit, on juge, et seulement ensuite on décide Uhuru. Au panneau, on s’embrasse, on fait la photo, on redescend. Rester pour une image de plus est un mauvais calcul.

    Dix minutes en haut, puis on part
  17. 17

    La nuit se prépare avant de dormir

    Doudoune, gants, lampe, eau, sucre : le sac de sommet est fait avant le coucher. Départ souvent entre minuit et deux heures. On ne cherche rien dans le noir. La danse sur les cendres est lente. Elle se tient en cordée, pas en héros.

    La nuit se prépare avant de dormir
  18. 18

    Les genoux deviennent le sujet

    La descente est longue, souvent jusqu’à un camp bien plus bas, le jour même. Bâtons sortis, pas courts, on boit encore. Les poumons se reposent. Les genoux, non.

    Les genoux deviennent le sujet
  19. 19

    Quinze kilos pour le porteur, pas un de plus

    Duffel souple, pesé avant de fermer. Le sac du jour, vingt-cinq à trente litres : eau, cape, sucre, doudoune, appareil. On ne rajoute rien en route. Le porteur n’est pas une variable d’ajustement.

    Quinze kilos pour le porteur, pas un de plus
  20. 20

    L’assurance hélicoptère, lue jusqu’au bout

    Sans évacuation, on ne part pas. Le contrat se lit, exclusions comprises. Le médecin du voyage, les vaccins, votre traitement en double dans deux sacs : avant le billet, pas à l’aéroport.

    L’assurance hélicoptère, lue jusqu’au bout
  21. 21

    Des chaussures déjà faites

    Jamais neuves le matin du départ. Une longue journée avec le sac, avant. Guêtres : boue de la forêt, puis cendre du sommet. Le coton reste à Moshi.

    Des chaussures déjà faites
  22. 22

    La sieste, seulement si la tête est claire

    Dans la lande, s’allonger dix minutes recharge. Si le sommeil devient bizarre, si l’on ne se réveille pas net, ce n’est plus une pause : on le dit, on ne se rendort pas.

    La sieste, seulement si la tête est claire
  23. 23

    Couvrir la tête dans le désert

    Le vent sur les cendres dessèche plus que le soleil des cartes postales. Casquette ou chapeau, lunettes catégorie 3 ou 4, crème indice 50, stick à lèvres. Une paire de lunettes de rechange.

    Couvrir la tête dans le désert
  24. 24

    Le sucre dans la poche de sommet

    Un gel, un biscuit, ce que vous digérez déjà chez vous. Pas d’aliment nouveau à 5 000 m. L’aube rend souvent un peu d’énergie à ceux qui ont encore quelque chose dans l’estomac.

    Le sucre dans la poche de sommet
  25. 25

    Les guides ont un prénom

    On les salue. On ne glisse pas le pourboire comme une gêne. Une petite cérémonie à la fin, en espèces, petits billets, selon le barème demandé à l’agence avant de partir. Eux font le sommet autant que vos jambes.

    Les guides ont un prénom
  26. 26

    L’acétazolamide se décide avant l’avion

    Sur une montée aussi rapide, le mal aigu des montagnes est fréquent. L’acétazolamide est le médicament de prévention le mieux documenté par la Wilderness Medical Society. Il se prescrit avant le départ, avec un médecin, surtout en cas d’allergie aux sulfamides. Les fourmillements et le goût métallique des boissons gazeuses sont fréquents. Ce n’est ni un dopage, ni un permis de forcer. Si ça empire au repos, on descend. Le cachet ne négocie pas à votre place.

    L’acétazolamide se décide avant l’avion
  27. 27

    Le pas de repos, le souffle forcé

    Au-dessus de Kibo, le pas court se pose, puis on laisse le squelette porter une seconde, pas le muscle. En même temps, on expire fort, lèvres serrées, comme pour embuer une vitre. C’est le pas de repos et le pressure breathing des guides alpins. Ça chasse le gaz carbonique et ça empêche de sprinter sur la cendre. Le rythme se tient même quand une autre cordée vous dépasse.

    Le pas de repos, le souffle forcé
  28. 28

    Le sel avec l’eau

    Trois à quatre litres, oui. De l’eau plate seule, non. Un bouillon, le plat salé, une pastille d’électrolytes prévue avec le médecin. Trop d’eau sans sodium donne mal de tête, nausée et confusion, qui ressemblent au mal des montagnes et n’en sont pas. Si vous êtes ballonné et que vous n’avez plus soif, on arrête de se forcer à vider la gourde. L’urine claire reste un repère, pas un ordre.

    Le sel avec l’eau
  29. 29

    Ni alcool, ni somnifère

    Au camp, une bière pour fêter l’étape et un cachet pour dormir ralentissent la respiration. En altitude, la nuit est déjà hachée : c’est le rythme normal, pas une panne à corriger seul. Les deux produits aggravent le mal des montagnes. On le dit au médecin avant de partir, et on laisse ces boîtes à la maison.

    Ni alcool, ni somnifère
  30. 30

    Le point chaud, tout de suite

    Au premier échauffement sous le pied, au talon ou entre les orteils, on s’arrête. On enlève la chaussure, on sèche, on pose un pansement avant que l’ampoule n’existe. Cinq minutes ici en évitent une heure plus haut, quand chaque pas se négocie. On change de chaussettes au déjeuner, même si elles ont l’air « encore bonnes ».

    Le point chaud, tout de suite
  31. 31

    Les ongles, coupés avant l’avion

    Un ongle trop long cogne le bout de la chaussure à la descente. Le noir arrive le soir, pas sur le moment. On coupe droit, quelques jours avant le départ, pas le matin même : une coupure fraîche et la boue de la forêt font mauvais ménage.

    Les ongles, coupés avant l’avion
  32. 32

    On ne dépasse pas le guide

    L’expédition a un rythme, et ce rythme n’est pas celui du dimanche. Celui qui file devant « parce que ça va » est souvent celui qu’on ramène plus tard. On reste en vue. On prévient si l’on s’arrête. Personne ne disparaît dans un virage.

    On ne dépasse pas le guide
  33. 33

    Ce qu’on enlève, on le range

    Une polaire posée sur un rocher ne revient pas. Le vent de la lande l’emporte, ou l’expédition d’après. Dès qu’on retire une couche, elle entre dans le sac, et on ferme. Pareil pour les bâtons, la gourde, les lunettes qu’on pose « une seconde ».

    Ce qu’on enlève, on le range
  34. 34

    Dans la brume, on reste en vue

    La forêt et la crête avalent les silhouettes en quelques pas. On garde toujours quelqu’un devant les yeux, et quelqu’un sait que vous êtes derrière. Si le blanc se ferme, on s’arrête et on se compte. On ne coupe pas le lacet pour rattraper : le raccourci casse les chevilles et abîme ce qui met des années à repousser.

    Dans la brume, on reste en vue
  35. 35

    Le passeport décide, pas la brochure

    La Tanzanie n’exige pas la même chose d’un passeport français, kényan, indien, brésilien ou chinois. La fièvre jaune, souvent, ne dépend pas de vous : elle dépend du pays d’où vous arrivez, et parfois d’une escale trop longue. Un transit compte. Vérifiez la règle tanzanienne du moment, et les conseils sanitaires du pays qui a délivré votre passeport. Ils ne disent pas la même chose. Ils changent. Un site français n’est pas la règle d’un autre passeport.

    Le passeport décide, pas la brochure
  36. 36

    Le carnet jaune a des bords

    Le certificat international doit porter le même nom que le passeport. Pour la fièvre jaune, il ne vaut rien les dix premiers jours. Ensuite l’OMS le dit valable à vie, mais un agent de frontière n’a pas toujours lu l’amendement : on l’emporte, on ne discute pas sur le tapis. Le vaccin est refusé à certains : nourrisson, grossesse, immunité très basse, quelques allergies. Une lettre d’exemption passe parfois, et parfois non. Hépatite A, typhoïde, rappels de l’enfance : ils restent dans le carnet de votre pays. La Tanzanie ne le lit pas de la même façon. Les papiers d’entrée, Covid compris, se revérifient la semaine du vol.

    Le carnet jaune a des bords
  37. 37

    Les moustiques sont à Moshi, pas à Uhuru

    Sur les cendres et au sommet, presque aucun. Le risque est avant et après : Moshi, Arusha, l’aéroport, le jardin du lodge, et la forêt si l’on traîne au crépuscule. L’anophèle pique du soir au matin : c’est lui qui porte le paludisme. L’aedes pique le jour : dengue, chikungunya. Manches longues au crépuscule, répulsif choisi avec votre médecin, dose adaptée à la peau et aux enfants, moustiquaire ou chambre fermée. La nuit au sommet n’efface pas les piqûres de la veille.

    Les moustiques sont à Moshi, pas à Uhuru
  38. 38

    Le paludisme se joue en bas

    La prévention se prescrit chez vous, selon le protocole de votre pays, vos autres médicaments, une grossesse éventuelle. La molécule n’est pas la même partout, ni le nombre de jours à continuer après le retour. On ne copie pas la boîte de la tente d’à côté. Une fièvre dans les semaines qui suivent se dit au médecin comme « j’étais à Moshi », pas comme une grippe. Le mal des montagnes et le paludisme se ressemblent. L’un se traite en descendant. L’autre, non.

    Le paludisme se joue en bas
  39. 39

    Morsure, eau dormante, hutte

    On ne caresse ni les chiens de Moshi, ni les singes de la forêt. Une morsure se lave longtemps, puis un médecin le jour même, même si un vaccin antirabique est déjà dans le carnet. Sur un safari ajouté au trek, on ne se baigne pas dans un lac ni dans une rivière lente : la bilharziose ne se voit pas. Dans la hutte, la toux tourne. On ne partage pas la gourde. C’est le médecin du voyage de votre pays qui tranche, avant le billet.

    Morsure, eau dormante, hutte
  40. 40

    Une nuit calme à Moshi, avant la porte

    L’avion, la route, le marché : le corps est déjà en retard. On n’entre pas dans la forêt le matin où l’on atterrit. Une soirée sans fête, le sac fermé, les chaussures déjà faites. L’ascension se gagne la veille, dans une cour tranquille, pas sur le sentier.

    Une nuit calme à Moshi, avant la porte
  41. 41

    Le pied à plat sur la cendre

    Le gravier du Kibo renvoie le pas en arrière. On pose toute la semelle, le pas est court, le poids reste au-dessus des hanches. Ceux qui rebondissent sur la pointe arrivent à cinq mille mètres avec des mollets de pierre, et s’arrêtent. La pente se monte en appui, pas en élan.

    Le pied à plat sur la cendre
  42. 42

    Au lit avant d’avoir sommeil

    Le départ vers Uhuru est souvent entre minuit et deux heures. On ne dormira pas bien. On se couche quand même, tôt, le sac de sommet déjà fermé. Chercher les gants à vingt-trois heures est la façon de commencer la nuit fatigué. Le réveil trouve ceux qui sont déjà habillés dans le duvet.

    Au lit avant d’avoir sommeil
  43. 43

    Réussir, c’est arriver ensemble

    Le temps personnel ne compte pas. Cette expédition a mené tous ses blessés au sommet : c’est ça, la réussite. Si vous êtes venu avec quelqu’un de plus lent, son sommet est le vôtre. On ne file pas devant pour une heure de mieux. On reste en vue, et l’on arrive.

    Réussir, c’est arriver ensemble
  44. 44

    La pause est courte, et debout

    On s’arrête pour boire, pour un sucre, pour remettre une couche. Une minute, puis on repart. Un pique-nique de vingt minutes dans le vent refroidit le corps et rend le redémarrage plus dur que la pente. La lande invite à s’allonger. On le fait peu, et seulement si la tête est claire.

    La pause est courte, et debout
  45. 45

    Le sommet n’est pas la fin de la journée

    Uhuru est une photo, puis la descente. Les genoux, le gravier, parfois la porte le jour même : c’est encore l’ascension. On ne sprinte pas parce que « c’est fini ». Même pas, même vigilance, on boit encore. Ceux qui se blessent se blessent en redescendant, contents d’avoir réussi.

    Le sommet n’est pas la fin de la journée
  46. 46

    La prostitution se paie deux fois

    À Moshi, dans les rues et devant les échoppes, la prostitution existe. Elle se paie en argent, puis parfois en maladie : infections sexuelles, VIH compris. Ce n’est pas une aventure sans suite. On refuse, ou l’on se protège vraiment. On ne suit personne vers un deuxième lieu. On ne boit pas un verre qu’on n’a pas vu ouvrir.

    La prostitution se paie deux fois
  47. 47

    Une gentillesse très rapide

    En ville, dans une cour ou à l’arrêt d’un tuk-tuk, des femmes seront très gentilles, très vite, si vous venez d’Occident, si vous êtes bien habillé, plus âgé, ou si un appareil coûteux se voit. Elles peuvent parler d’amour. Ce n’est pas toujours une histoire. C’est souvent une approche. On reste poli, on ne s’isole pas, on ne confond pas une soirée avec un avenir.

    Une gentillesse très rapide
  48. 48

    Le prix dépend de qui vous êtes

    Le même fruit, le même tuk-tuk, le même bibelot n’ont pas le même prix selon le visage, l’accent, la montre ou l’appareil photo. C’est un piège à touristes, pas un malentendu. On demande le prix avant. S’il change quand le portefeuille sort, on repose l’objet et on s’en va.

    Le prix dépend de qui vous êtes
  49. 49

    Négocier est la règle

    Partout en ville, le premier prix est un essai. On négocie, calmement, puis on s’arrête. Un prix accepté est un prix tenu : on ne rediscute plus une fois l’objet dans le sac, ni la course commencée. Le tuk-tuk se conclut avant de monter : le montant, la destination, rien d’autre.

    Négocier est la règle
  50. 50

    Une photo peut se facturer

    En ville, si vous photographiez quelqu’un, un étal ou un atelier, ne soyez pas surpris qu’on vous demande des dollars en retour. Parfois avant le déclenchement. On demande l’autorisation. Si la réponse est un prix, on paie ce qu’on a accepté, ou on ne prend pas la photo. On ne discute pas après coup, l’appareil déjà rangé.

    Une photo peut se facturer
  51. 51

    Vos dollars sont le safari

    À Moshi, vous êtes la proie. Vos dollars sont convoités. Vols, agressions, escroqueries : c’est possible, surtout le soir, seul, avec un appareil visible ou un sac dans le dos. L’appareil reste devant, courroie courte. On n’étale pas les billets. On ne suit pas un inconnu qui « connaît un endroit ». La nuit, on rentre en tuk-tuk dont le prix est déjà dit, ou avec l’agence.

    Vos dollars sont le safari
  52. 52

    Les faux guides

    Des faux guides proposent des « visites insolites ». Ils peuvent prétendre avoir travaillé pour une agence connue, ou y être encore. Un badge, un nom, un récit ne suffisent pas. Le vrai départ ressemble à ça : votre agence, le groupe, le briefing. Le seul guide est celui qu’elle vous a présenté. On ne monte pas dans une voiture, un tuk-tuk ou une ruelle sur une promesse.

    Les faux guides
  53. 53

    À la sortie du parc, on est ferme

    À la sortie du parc, des vendeurs proposent des bibelots. Ils peuvent insister, surtout auprès des femmes. On est ferme : un non, puis on marche, sans s’excuser. Certains jouent la corde sensible du pauvre Africain qui meurt de faim. Ce discours est du cinéma. Vous êtes la proie du safari aux dollars. La pitié fait partie du prix. On n’achète pas pour faire taire la phrase.

    À la sortie du parc, on est ferme
  54. 54

    L’appareil reste dans le sac du jour

    S’il part dans le duffel, avec le porteur, il n’est pas là quand la lumière passe. Et un sac d’hôtel peut être « confondu ». Le boîtier vit devant, dans le sac que vous portez. Le sommet se photographie par celui qui monte, pas par le bagage qui arrive après. Sans appareil au matin de la porte, on ne court pas le racheter : on marche.

    L’appareil reste dans le sac du jour
  55. 55

    On ne court pas après une image

    Quitter le sentier pour la fleur, le singe, le panneau vu de l’autre côté : les chevilles, le groupe, l’heure. La photo de l’ascension est celle prise depuis le chemin. Réussir, c’est Uhuru avec l’appareil encore sur soi, pas une carte pleine de détours. L’animal qui s’éloigne, on le laisse.

    On ne court pas après une image

À cocher

Avant de fermer la porte

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La liste reste sur cet appareil. Ce n’est pas un diplôme. C’est une mémoire.

Le vrai courage

Savoir redescendre

En juin, personne n’est resté sur la pente par abandon, et personne n’a été poussé au-delà du raisonnable. L’honneur, ce jour-là, a été d’arriver ensemble, pas de forcer un corps qui demandait la descente.

On redescend sans discuter si le guide le dit. On le dit soi-même si ceci arrive.

  • Mal de tête qui ne cède ni à l’eau, ni au repos, ni à l’antidouleur habituel.
  • Vomissements répétés. On ne « tient » pas un estomac vide à 5 000 m.
  • Démarche d’ivrogne, confusion, sommeil dont on ne revient pas. C’est une urgence : on descend, tout de suite.
  • Souffle court au repos, toux grasse, lèvres bleues. Même urgence. L’œdème pulmonaire ne négocie pas.
  • La phrase « je continue pour ne pas décevoir ». C’est la plus dangereuse de la montagne.

Quelques mots, et des gens

Les guides, les cuisiniers, les porteurs font le sommet autant que vos jambes. On les salue par leur prénom. On ne rajoute rien dans le sac en route. Le pourboire se donne à la fin, en espèces, dans une petite cérémonie, pas glissé en cachette comme une gêne. Les montants changent : demandez le barème à l’agence avant de partir, et prévoyez des dollars propres, petits billets.

  • Jambo

    bonjour

  • Asante sana

    merci, vraiment

  • Pole pole

    doucement

  • Twende

    on y va

  • Karibu

    bienvenue

  • Maji

    eau

Vérifiez la règle d’entrée de la Tanzanie, et les conseils sanitaires du pays qui a délivré votre passeport. Ils ne disent pas la même chose, et ils changent. Un site français n’est pas la règle d’un passeport kényan, indien ou américain. La montagne, elle, change moins.

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