Le parcours

Faites monter l’expédition, étape après étape.

De la porte de Marangu jusqu’à Uhuru. Cliquez un camp, ou laissez-les avancer, pole pole.

L’expédition avance vers Uhuru, camp après camp

Porte Marangu · 1 600 m

La grande porte de bois s'ouvre sur une cathédrale verte. Forêt, terre noire, colobes. Le pole pole commence ici.

Flèche gauche ou droite, ou un glissé du doigt, pour changer d’étape.

Carnet de bord

Une procession, pas un sprint.

En juin, six militaires blessés, soutenus par treize sportifs, ont gravi le mont Kilimandjaro. L’idée, le portage du projet, le récit et les images sont de Guillaume Sevin. Autour de lui, des prénoms : Constance, Guillaume, Éric, Émilie, Emmanuelle, Victor, Vincent, Guillaume G., Christophe et Fredy, qui lance, face à la cordée : « One team, one dream, non-stop, to the top. Hakuna Matata ! »

Il est des montagnes qui ne se dressent pas pour être gravies, mais pour rappeler que certains sommets se mesurent en volonté. Le Kilimandjaro est de celles-là. Seul dans la plaine tanzanienne, volcan bouclier, plus haut de son espèce, l’un des sept sommets. 5 890 m de basalte, de cendres et de glace. Gravir sa pente, ce n’est pas seulement monter. C’est traverser les âges du monde, de la forêt grouillante jusqu’au silence des neiges.

Ce ne fut ni une course, ni une promenade. Ce fut une procession : long serpent de couleurs et de paroles réconfortantes. Une marche lente, volontaire, vers ce qui, au sommet, ne serait plus de l’altitude, mais de la lumière.

L’escale · avant Moshi

Addis Abeba

La Tanzanie ne commence pas à la porte du parc. Elle commence après l’aile, le crépuscule, et le hall où les blancs se reflètent dans le sol.

L’escale · 3 images

L'aile au crépuscule, avant l'Afrique
L'aile au crépuscule, avant l'Afrique
Addis Abeba, vue de l'aile
Addis Abeba, vue de l'aile
Le hall, les blancs, le sol qui reflète
Le hall, les blancs, le sol qui reflète

Avant · Moshi · la ville

Fraternité

Le marché, avant la porte

Le maïs, la cour, la famille

Le maïs, la cour, la famille · © Guillaume Sevin

Avant la porte · 19 images

La voie ferrée héritée des Britanniques, deux jeunes, le Kilimandjaro au fond
La voie ferrée héritée des Britanniques, deux jeunes, le Kilimandjaro au fond
Moshi, le casseur de pierres et son sourire
Moshi, le casseur de pierres et son sourire
L'étal de Moshi : mangues, ignames, avocats
L'étal de Moshi : mangues, ignames, avocats
Le marché de Moshi : le poisson du jour
Le marché de Moshi : le poisson du jour
Le marché de Moshi, le balai et la moto
Le marché de Moshi, le balai et la moto
La couturière, les kangas, le mur vert
La couturière, les kangas, le mur vert
Le poissonnier de Moshi
Le poissonnier de Moshi
Moshi, l'appareil montré à l'écolier
Moshi, l'appareil montré à l'écolier
L'atelier de réparation des tuk-tuk
L'atelier de réparation des tuk-tuk
La ruelle de terre, à Moshi
La ruelle de terre, à Moshi
L'atelier de pierre, le marteau
L'atelier de pierre, le marteau
L'étal d'ananas, sous la bâche rayée
L'étal d'ananas, sous la bâche rayée
Moshi, la tour de l'horloge
Moshi, la tour de l'horloge
La route de Moshi, le camion Fresh Shamba
La route de Moshi, le camion Fresh Shamba
Martha Food, le pont de planches
Martha Food, le pont de planches
Quatre enfants, l'herbe jusqu'aux genoux
Quatre enfants, l'herbe jusqu'aux genoux
Le sourire et les feuilles roses
Le sourire et les feuilles roses
Le kanga rouge sur la voie ferrée
Le kanga rouge sur la voie ferrée
Les enfants, le poisson, l'étal de Moshi
Les enfants, le poisson, l'étal de Moshi

Avant la porte de la forêt, l’alpiniste pénètre une ville transpercée par une voie ferrée rouillée héritée de la colonisation britannique, émaillée de tuk-tuk, de petits commerces et d’artisans, de cabanons en tôle et de rigoles rappelant la violence des pluies et des coulées d’eau en contrebas de la montagne. Une vie locale riche de ses kangas, de ses enfants qui jouent, de ses odeurs typiques de manioc brûlé et de son bruit cacophonique !

Derniers relents de la civilisation avant l’océan de silence du sommet de la montagne.

Au marché, le poisson pend à la ficelle, au-dessus des citrons. Plus loin, les mangues, les ignames, les avocats, et le sourire d’une marchande en bleu. Une cour de terre battue : des épis de maïs égrenés par les enfants. Une machine à coudre contre un mur vert, des kangas qui sèchent. Sous un arbre, l’atelier où l’on répare les tuk-tuk. Une ruelle de terre. Un atelier de pierre où le marteau rythme la journée.

Sur cette voie, la plaine de maïs. Deux jeunes s’y asseyent, et le Kilimandjaro, au fond, pose sa neige sur les nuages.

L’appareil passe de main en main, jusqu’à un écolier. Le geste dit mieux que le discours : on n’est pas venus seulement prendre. On est venus regarder, et laisser regarder. La route, ensuite, avec ses camions peints de mille couleurs, mène à la porte de la forêt.

1er jour · Porte Marangu · 1 600 m

Humilité

La cathédrale verte

Trois sacs orange sous la voûte

Trois sacs orange sous la voûte · © Guillaume Sevin

1er jour · la forêt · 25 images

La branche moussue, le sentier de racines
La branche moussue, le sentier de racines
Les sacs dans la mousse verte
Les sacs dans la mousse verte
La passerelle sous les lichens
La passerelle sous les lichens
Le cercopithèque, dos d'or, sur la branche
Le cercopithèque, dos d'or, sur la branche
Les racines, le sentier de pierre, la mousse
Les racines, le sentier de pierre, la mousse
Le porteur sous la barbe des lichens
Le porteur sous la barbe des lichens
Colobe dans la mousse de la forêt
Colobe dans la mousse de la forêt
Cercopithèque à diadème
Cercopithèque à diadème
On marche, l'appareil à la main
On marche, l'appareil à la main
La cathédrale verte : premier sentier
La cathédrale verte : premier sentier
Sous la mousse, la file verte
Sous la mousse, la file verte
Cercopithèque dans la mousse
Cercopithèque dans la mousse
Le regard du cercopithèque
Le regard du cercopithèque
La forêt, le sourire au milieu du sentier
La forêt, le sourire au milieu du sentier
Le sac orange, le téléphone levé
Le sac orange, le téléphone levé
Le sourire, la casquette, la file derrière
Le sourire, la casquette, la file derrière
Trois sourires sous la voûte
Trois sourires sous la voûte
Les troncs moussus, la file qui s'enfonce
Les troncs moussus, la file qui s'enfonce
Les racines, le sac orange, la file verte
Les racines, le sac orange, la file verte
La pause, le fruit, les lichens
La pause, le fruit, les lichens
Trois sourires, les bâtons, sous la voûte
Trois sourires, les bâtons, sous la voûte
Le sac bleu, sur le sentier de mousse
Le sac bleu, sur le sentier de mousse
La banderole, avant la porte
La banderole, avant la porte
Le départ Marangu, sous les grands arbres
Le départ Marangu, sous les grands arbres
Le briefing, le bloc moussu
Le briefing, le bloc moussu

La grande porte de bois s’ouvre sur les marcheurs telle la bouche d’une cathédrale verte. À mille six cents mètres, la forêt tropicale les reçoit et les retient. L’air y est épais comme un breuvage, chargé de terre noire, de sève et de feuillages qui transpirent la vie ancienne.

Les lianes pendent en voiles. Les troncs portent des jardins de fougères. Ici, les cercopithèques passent comme des fantômes anthracite, et des cris liquides tombent de la voûte, nés du ciel lui-même. On est sur leur territoire.

La marche se fait au rythme du pole pole, psalmodié par les guides : doucement, doucement. La hâte serait une insolence, et surtout une mise en danger. Le groupe serpente entre les racines, un appareil à la main. Derrière le sourire de Constance, les visages ont encore la fraîcheur du départ, et déjà cette tension de ceux qui savent qu’ils vont devoir affronter des éléments contre lesquels ils ne seront que peu de choses.

2e jour · Horombo · 3 692 m

Fraternité

La lande, puis les étoiles

Mawenzi dans la lumière du soir

Mawenzi dans la lumière du soir · © Guillaume Sevin

2e jour · la lande · 43 images

La lande d'argent, Mawenzi au loin
La lande d'argent, Mawenzi au loin
Debout sur le lichen, l'appareil levé
Debout sur le lichen, l'appareil levé
Le sourire, les bâtons Chartreuse
Le sourire, les bâtons Chartreuse
Le Kibo dans les nuages, la lande verte
Le Kibo dans les nuages, la lande verte
L'appareil en main, le soleil en face
L'appareil en main, le soleil en face
Au-dessus des nuages, les cairns
Au-dessus des nuages, les cairns
Le soleil dans les immortelles
Le soleil dans les immortelles
Le soleil dans le dos, la file qui monte
Le soleil dans le dos, la file qui monte
L'immense bloc, les immortelles, Kibo
L'immense bloc, les immortelles, Kibo
Whona Ridge, le pont dans la brume
Whona Ridge, le pont dans la brume
Le pont, la lobélie, la longue file
Le pont, la lobélie, la longue file
Kniphofias et immortelles, face à Mawenzi
Kniphofias et immortelles, face à Mawenzi
La lande, on filme l’expédition
La lande, on filme l’expédition
Le sentier de bruyères vers le sommet
Le sentier de bruyères vers le sommet
Deux pas, le Minolta contre le thorax
Deux pas, le Minolta contre le thorax
Les immortelles d'argent, la file qui monte
Les immortelles d'argent, la file qui monte
Le sentier de pierres vers Mawenzi
Le sentier de pierres vers Mawenzi
Les roches à lichen, le sentier vers le Kibo
Les roches à lichen, le sentier vers le Kibo
L'œil dans le viseur, au-dessus des nuages
L'œil dans le viseur, au-dessus des nuages
La piste dans les bruyères, face au Kibo
La piste dans les bruyères, face au Kibo
La brume, les bruyères, la file
La brume, les bruyères, la file
Le guide, le sourire, la sacoche rouge
Le guide, le sourire, la sacoche rouge
Allongé dans les herbes, les yeux clos
Allongé dans les herbes, les yeux clos
La terre rouge, la file qui descend
La terre rouge, la file qui descend
Le sac bleu, la lande qui s'ouvre
Le sac bleu, la lande qui s'ouvre
Le sentier de pierres sous le ciel lourd
Le sentier de pierres sous le ciel lourd
Le repos, le sac pour oreiller
Le repos, le sac pour oreiller
Au-dessus des nuages, le guide et son écran
Au-dessus des nuages, le guide et son écran
La lande dorée, à l'heure basse
La lande dorée, à l'heure basse
Le cairn, le bloc, Kibo au loin
Le cairn, le bloc, Kibo au loin
Les immortelles jaunes, le bandeau rose
Les immortelles jaunes, le bandeau rose
Le bandeau rose, la lande qui résiste
Le bandeau rose, la lande qui résiste
Le soleil dans les yeux, les fleurs jaunes
Le soleil dans les yeux, les fleurs jaunes
Le sourire, la gourde verte, Kibo
Le sourire, la gourde verte, Kibo
Le duvet blanc, dans la hutte de bois
Le duvet blanc, dans la hutte de bois
La lande, la mer de nuages, le sentier
La lande, la mer de nuages, le sentier
Le rocher ocre, les bruyères mortes
Le rocher ocre, les bruyères mortes
La pause dans l'herbe de la lande
La pause dans l'herbe de la lande
Deux doigts, la chemise jaune dans les herbes
Deux doigts, la chemise jaune dans les herbes
Le sac vert, la file dans les buissons
Le sac vert, la file dans les buissons
L’arbre mort, la mer de nuages
L’arbre mort, la mer de nuages
Mawenzi dans les nuages, le bloc ocre
Mawenzi dans les nuages, le bloc ocre
Le sourire, le sentier de pierres
Le sourire, le sentier de pierres
Jambo, Jambo Bwana. Kilimandjaro, hakuna matata.

Dès le lendemain, la forêt se retire sur la pointe des pieds, comme une marée qui aurait accompli son ouvrage. Les arbres se font plus menus. Le groupe entre dans une lande où les bruyères se dressent à hauteur d’homme, où les lobélies déploient leurs rosettes, où les séneçons, plantes venues d’un autre temps, tiennent debout dans le vent.

Le vert profond cède à l’ocre, au violet, au gris rosé des roches. Le vent, pour la première fois, se fait entendre : respiration de la montagne. Les pentes furent longtemps sacrées. La première ascension attestée date du XIXe siècle.

Au camp de Horombo, le soir tombe dès dix-sept heures quarante-cinq, comme une soie violette. Les étoiles percent, dures, nettes, nombreuses au point de masquer la Voie lactée. Jamais le groupe n’avait vu un ciel pareil. On se parle bas. On se passe une gourde. La fraternité, ce soir-là, n’a pas besoin de discours.

3e jour · Zebra Rock · acclimatation

Loyauté

Le jour où les corps comprennent

Le groupe contre la roche zébrée

Le groupe contre la roche zébrée · © Guillaume Sevin

3e jour · l’acclimatation · 13 images

La pause, la civière, Mawenzi
La pause, la civière, Mawenzi
Le corbeau à nuque blanche, sur son roc
Le corbeau à nuque blanche, sur son roc
Deux sourires, Mawenzi derrière
Deux sourires, Mawenzi derrière
Les jaunes, et Mawenzi dans le bleu
Les jaunes, et Mawenzi dans le bleu
Mawenzi dans sa couronne de nuages
Mawenzi dans sa couronne de nuages
Mawenzi, second toit, vu depuis Kibo
Mawenzi, second toit, vu depuis Kibo
L’expédition vers les dents de Mawenzi
L’expédition vers les dents de Mawenzi
On parle, on photographie, Mawenzi écoute
On parle, on photographie, Mawenzi écoute
Le bonnet bleu, face à la lumière
Le bonnet bleu, face à la lumière
Tahadhari : trois hommes, le feu interdit
Tahadhari : trois hommes, le feu interdit
Mawenzi entre les buissons
Mawenzi entre les buissons
Deux pas sur les pierres, Mawenzi derrière
Deux pas sur les pierres, Mawenzi derrière
Le sac rouille, Mawenzi dans le dos
Le sac rouille, Mawenzi dans le dos

Le troisième jour est celui de la grâce, et le mot clé est acclimatation. Au lieu de forcer l’altitude, le groupe s’écarte vers Zebra Rock, formation aux rayures noir profond et blanc crayeux, totem posé dans la lande. Le paysage s’ouvre en amphithéâtre, dominé par le mont Mawenzi.

« Regardez, des antilopes ! », crie Guillaume G., le Grand Guillaume, du haut de ses presque deux mètres. Puis les corbeaux à nuque blanche surgissent, regard cynique, bec qui ne demande qu’à servir. Quelqu’un ose : si l’on reste sur la montagne, on sait au moins dans quel estomac on finira.

On rit aux blagues de Vincent. Étienne, l’un des blessés, parle avec tout le monde et photographie sans compter. Émilie et Emmanuelle tiennent le milieu de la file, précises, présentes, sans un geste de trop. Éric veille au rythme comme on veille à une promesse. On se tend le bras sur les passages glissants. Les visages commencent à se marquer. L’estomac se noue. Ce jour suspendu devient le pivot : les chairs comprennent qu’elles peuvent aller plus loin, et les esprits comprennent qu’ils n’iront pas seuls.

4e et 5e jours · Désert alpin · plus de 4 800 m

Courage

Là où l’air se compte

L’expédition déroulée, Mawenzi au bout

L’expédition déroulée, Mawenzi au bout · © Guillaume Sevin

4e et 5e jours · vers Kibo · 38 images

Le sentier d'ocre vers le toit blanc
Le sentier d'ocre vers le toit blanc
L’expédition sur le gravier, épaule contre épaule
L’expédition sur le gravier, épaule contre épaule
La pause, le ravitaillement
La pause, le ravitaillement
L’expédition vue d'en haut, dans les blocs
L’expédition vue d'en haut, dans les blocs
La file sur le gravier, le doigt qui montre
La file sur le gravier, le doigt qui montre
Le sentier d'ocre, seul, vers la neige
Le sentier d'ocre, seul, vers la neige
Le dallage, la hutte verte, Kibo
Le dallage, la hutte verte, Kibo
Trois pas, Mawenzi derrière
Trois pas, Mawenzi derrière
La halte, sur le gravier
La halte, sur le gravier
Les ombres longues de l’expédition
Les ombres longues de l’expédition
Mawenzi au bout du sentier
Mawenzi au bout du sentier
Face à Mawenzi, les bâtons plantés
Face à Mawenzi, les bâtons plantés
Le champ de blocs, vers Kibo
Le champ de blocs, vers Kibo
Le dallage de pierre, Kibo enneigé
Le dallage de pierre, Kibo enneigé
Deux regards vers Kibo
Deux regards vers Kibo
Les ombres longues sur le gravier
Les ombres longues sur le gravier
La file dans le désert, au-dessus des nuages
La file dans le désert, au-dessus des nuages
L’expédition, petit trait vers Kibo
L’expédition, petit trait vers Kibo
Le bandeau bleu, l'appareil qu'on règle
Le bandeau bleu, l'appareil qu'on règle
Silhouettes à l'aube, au-dessus des nuages
Silhouettes à l'aube, au-dessus des nuages
Le bonnet bleu, le jour qui vient
Le bonnet bleu, le jour qui vient
Le sentier dans la lave, les plaques de neige
Le sentier dans la lave, les plaques de neige
L’expédition sur l'arête, le soleil sur la mer de nuages
L’expédition sur l'arête, le soleil sur la mer de nuages
Le pas, le bonnet turquoise, les ombres des bâtons
Le pas, le bonnet turquoise, les ombres des bâtons
La file qui descend, Mawenzi dans le dos
La file qui descend, Mawenzi dans le dos
La descente dans le gravier, le pantalon jaune
La descente dans le gravier, le pantalon jaune
Le sentier de cendre, l’expédition et le sommet enneigé
Le sentier de cendre, l’expédition et le sommet enneigé
Deux files, Mawenzi au-dessus des nuages
Deux files, Mawenzi au-dessus des nuages
L’expédition en travers du désert, Mawenzi
L’expédition en travers du désert, Mawenzi
Le panneau de Kibo Hut, Mawenzi derrière
Le panneau de Kibo Hut, Mawenzi derrière
L'aube, la silhouette sur le roc, Mawenzi
L'aube, la silhouette sur le roc, Mawenzi
Mawenzi à l'aube, au-dessus de la mer de nuages
Mawenzi à l'aube, au-dessus de la mer de nuages
L’expédition dans le désert alpin
L’expédition dans le désert alpin
La langue de neige, Mawenzi en face
La langue de neige, Mawenzi en face
L’expédition sur la cendre, la neige à droite
L’expédition sur la cendre, la neige à droite
Les blocs, le col, Mawenzi
Les blocs, le col, Mawenzi
Les frontales, la pause dans la nuit
Les frontales, la pause dans la nuit
L’expédition dans le bleu, avant l’aube
L’expédition dans le bleu, avant l’aube

Puis vient le désert. La végétation capitule. Quelques séneçons tordus, des touffes de graminées. Le sol change : rouge ici, noir là, gris plus loin, reliques des coulées qui ont modelé la montagne comme le potier façonne l’argile. Un autre monde. Presque lunaire.

Les nuits descendent sous zéro. Au camp de base, plus de sept cents mètres au-dessus du mont Blanc, l’air est devenu une denrée. Chaque respiration est un acte conscient. Chaque effort est mesuré. Pourtant, dans les abris, on rit encore. On partage les dernières provisions. On se regarde avec cette tendresse particulière des camarades de galère.

La nuit du sommet ne ressemble à aucune autre. Réveil à minuit, départ repoussé à deux heures, tant la fatigue pèse. Les frontales percent un ciel d’encre. La pente vers Stella Point puis Uhuru est raide et traîtresse : cendres meubles, blocs qui roulent. Chaque pas fait glisser le pied en arrière. C’est une danse lente, épuisante, presque hypnotique.

L’oxygène a chuté de près de moitié. La poitrine se serre. La tête martèle. Le corps envoie ses signaux les plus clairs : arrête, descends. La volonté répond : avance, montre l’exemple, tu peux le faire. Vers cinq heures trente, le soleil se lève par-dessus Mawenzi. La lumière rose inonde la mer de nuages. Une pause café sur les rochers, une croisée de regards, et l’énergie revient un peu aux plus fatigués.

6e jour · Uhuru Peak · 5 890 m

Honneur

Il n’y a plus de pente

Le toit de l'Afrique

Le toit de l'Afrique · © Guillaume Sevin

6e jour · le sommet · 17 images

La neige, enfin, sous un ciel ouvert
La neige, enfin, sous un ciel ouvert
L'assaut des rochers, le drapeau au-dessus
L'assaut des rochers, le drapeau au-dessus
L'assaut des blocs, le dos tourné
L'assaut des blocs, le dos tourné
La frontale, dans le noir du sommet
La frontale, dans le noir du sommet
Le téléphone, le doigt vers la neige
Le téléphone, le doigt vers la neige
Mawenzi noir, l'aube en lame orange
Mawenzi noir, l'aube en lame orange
L'aube sur la crête, le bonnet bleu
L'aube sur la crête, le bonnet bleu
La danse lente sur le basalte
La danse lente sur le basalte
Pause dans les blocs, là où l'air se compte
Pause dans les blocs, là où l'air se compte
L’expédition au-dessus de la mer de nuages
L’expédition au-dessus de la mer de nuages
Le repos, face au jour qui se lève
Le repos, face au jour qui se lève
Mur de glace et sommet au-dessus des nuages
Mur de glace et sommet au-dessus des nuages
La crête, la neige, la lumière
La crête, la neige, la lumière
L'aube au-dessus de la mer de nuages
L'aube au-dessus de la mer de nuages
Gilman's Point, le drapeau français
Gilman's Point, le drapeau français
L'aube, les bras ouverts
L'aube, les bras ouverts
Le corps dit stop. La volonté répond.
Le corps dit stop. La volonté répond.
« Je viens avec vous. Je monte. Je le fais. »

Katarzyna avance en tête, le visage durci par l’effort, les yeux fixés sur ce qui n’est encore qu’un objectif. Elle sort d’une longue maladie et veut se prouver que son corps peut la soutenir. Elle ne parle presque plus. Quelques larmes traduisent la violence de l’effort. Elle avance encore.

Guillaume L. marque un temps, puis un second, puis un troisième, vers les deux cents derniers mètres avant Gilman’s Point, 5 685 m. Le doute passe sur son visage. Puis il s’exclame, d’une voix que le vent emporte : il vient, il monte, il le fait. Et il remonte dans la colonne, le dos droit.

Alexandre sourit. Toujours. Un sourire calme, qui dit que chaque pas est déjà une victoire. Victor ne pense qu’aux autres. Il va de l’un à l’autre, tend une main, murmure un mot, ajuste une sangle, porte un sac trop lourd. Sa force n’est pas seulement dans ses muscles. Elle est dans ce regard qui dit : tu n’es pas seul.

Christophe tient sa place sans bruit, comme une pierre bien posée dans un mur. Constance veille le groupe avec une attention redoublée, une chaleur qui ne se voit pas mais qui se ressent, et qui fait tenir les corps. Chacun porte l’expédition dans son regard.

Gilman’s Point passe. L’ensemble des militaires blessés, issus du 1er RPIMa, du 13e RDP, du 17e RGP et du GIGN, a atteint ce point. La totalité. Pas un n’est resté sur la pente. Ils sont montés ensemble, portés par des sportifs dont le seul grade était celui de la solidarité.

Dès lors, les plus motivés poursuivent jusqu’à Uhuru Peak. Deux cent dix mètres plus haut. Les fameux 5 890 m. La crête est exposée, la neige glissante, les rochers acérés. Plus aucune vie. Rien que la concentration de chaque marcheur.

Et puis, soudain, il n’y a plus de pente. Un plateau battu par le vent, une pancarte plantée dans la roche, un silence plus grand que tout. « On y est. » Les larmes viennent sans qu’on les ait appelées, chaudes sur des joues que le froid a rendues insensibles. Les lèvres pèlent, les lunettes protègent des reflets du glacier. Qu’importe. On y est parvenus.

7e au 10e jour · La descente · vers la vie

Fraternité

Ceux qui ne sont plus les mêmes

Le glacier, et le monde en dessous

Le glacier, et le monde en dessous · © Guillaume Sevin

7e au 10e jour · vers la vie · 1 images

La file dans le désert, hutte au toit vert
La file dans le désert, hutte au toit vert

Quand on redescend vers les camps inférieurs, le Kilimandjaro n’est plus tout à fait le même. Ou plutôt, ce sont les hommes et les femmes qui l’ont gravi qui ne le sont plus.

Chacun y a vu la beauté du monde depuis l’un de ses points les plus hauts. On a vu des êtres humains dépasser ce que leur propre corps leur disait impossible. On a entendu le silence du sommet et la grande symphonie du vent. On a compris, au prix de l’effort et de quelques larmes, que pour se reconstruire vraiment, il faut parfois accepter de se déconstruire un peu dans la montée, là où l’air manque et où tout redevient essentiel.

Le Kilimandjaro n’a pas seulement été gravi en ce mois de juin. Il a été aimé pour ce qu’il signifiait, en termes purement charnels et symboliques.

Vos questions