Guillaume Sevin, casquette et appareil, sur le sentier

L’œil

Réussir les photos

Le bon cadrage, au bon instant. Tout est éphémère. Cela ne dure pas !

Les images de cette expédition ne viennent pas d’un studio. Elles viennent d’un boîtier porté par Guillaume Sevin, dans la poussière, la forêt et le vent d’Uhuru. Le sac photo dépend du corps qui le porte. Le conseil, lui, ne change pas : moins de déclenchements, plus d’attention.

Au sommet, vous serez lent, froid, et très content. Préparez les gestes avant, quand vous avez encore les doigts.

Six lumières

Où vous êtes, ce que vous faites

Marcheurs sur la neige, ciel ouvert

Le bon cadrage, au bon instant

La neige et le ciel trompent l’appareil : tout sort gris si vous le laissez décider. Touchez un visage pour mesurer, ou ouvrez d’un cran. Un cadre large pour la mer de nuages. Un cadre serré pour la personne, la montagne derrière elle, pas l’inverse. Puis rangez. Dix minutes en haut valent mieux que quatre cents déclenchements et des doigts morts.

1/500 s au moins : les mains tremblent. ISO auto, plafond 3200. f/5,6 à f/8 pour le groupe et le pic.

Uhuru

Trois déclenchements, pas trente

01

Le groupe et la pancarte

Une seule, large, où l’on reconnaît les visages. Gilman’s, Stella ou Uhuru : le nom doit se lire. Après, on n’y revient pas dix fois.

02

Un visage, la montagne derrière

Approchez. Le volcan en fond flou vaut mieux qu’une silhouette perdue dans un panorama. Le sourire fatigué est plus vrai que le sourire de commande.

03

Le silence, sans personne

Un cadre vide : glace, crête, mer de nuages. C’est celui qui dira, des années plus tard, à quel point c’était grand. Puis on redescend.

Le drapeau français à Gilman's PointDeux sourires, Mawenzi derrière

Le froid et la poussière

Ce qui abîme les images

  • La batterie

    Deux batteries. Celle qui ne sert pas reste contre la peau. Au camp, on recharge dès qu’il y a une prise ou une batterie externe. On ne découvre la panne sur la crête.

  • La buée

    En rentrant dans la hutte, glissez le boîtier dans un sac plastique fermé, encore dehors. La condensation se pose sur le sac, pas dans l’appareil. On ouvre quand tout est à la même température.

  • La cendre

    Le gravier du Kibo est une poudre fine. On ne change pas d’objectif dans le vent. Un zoom suffit. Un chiffon dans un sachet zip, pas une armoire à filtres.

Un marcheur debout sur le lichen, l'appareil levé

L’atelier

Mon matériel

Je passe des heures l’œil dans le viseur. Je cherche l’angle, le moment, la réflexion, le sujet. Ce plaisir, l’œil directement à travers l’objectif, n’existe pas encore en hybride. Le Z8 et le Z9 restent au magasin. Ce sont, à mon avis, un délire de techniciens, pas une arme de photographe. Je garde le pentaprisme.

La montagne

Le D850 en haut, le D810 en secours

Nikon D850 avec grip, pour l’autonomie. Cinq batteries longue autonomie EN-EL18d, celles conçues pour le D6, et quatre batteries classiques. Devant : 14-24 mm f/2,8 G, 24-70 mm VR, 70-200 mm f/2,8 E VR. Pas de bâtons. Pas de trépied. Le corps suit, l’appareil aussi. Le D810 monte avec, en boîtier de secours.

Le safari

Ce qui ne monte pas

Le 180-400 mm VR et le 600 mm Nikon restent pour le safari. Ils voient loin. Ils ne voient pas le sentier. Le D5 non plus ne monte pas : pas assez de pixels, et trop peu de photos se font à haut ISO. Sur le Kilimandjaro, ce poids-là n’achète aucune image. Il achète de la fatigue.

La ville, la nuit

Les boîtiers qu’on peut perdre

Un D810 de secours. Un D610 de secours. Pour la photo de nuit en milieu urbain, ou dans une zone qui n’est pas sûre. Devant, le 28-300 mm VR. On ne risque pas les optiques Nikon pro là où un geste mal lu peut tout emporter.

La rando simple

Le Pentax, quand la pluie décide

Pentax K-5, 16-50 mm ★, 70-200 mm f/2,8 ★, 300 mm f/4 ★. Je le sors pour la rando simple, pour une tropicalisation que je juge supérieure au D850, et pour un rendu organique, à lui. En scène à fort contraste, la qualité baisse. L’autofocus hésite sur un sujet qui bouge, un marcheur dans la nuit. Pour ça, le D850 est meilleur.

On marche, l'appareil à la main, sur le sentierL'œil dans le viseur, au-dessus des nuagesTrois pas, Mawenzi derrière

Ce qui mérite son poids

Dans le sac

  • Un boîtier, un zoom du 24 au 70 ou au 105. C’est assez pour la forêt, le visage et le volcan.
  • Le téléphone chargé : il finit la journée si le boîtier a froid, et il tient dans la poche de poitrine.
  • Deux cartes mémoire. On ne formate jamais sur la montagne.
  • Une dragonne. Les gants épais font tomber les choses.
  • Sous-gants fins pour les molettes. Les moufles restent pour la marche.

À laisser à Moshi

  • Le drone. Dans le parc, il est interdit sans autorisation. Il ne vaut pas une amende, ni le poids.
  • Le trépied lourd. Un rocher, un sac, une pause de deux secondes suffisent.
  • La collection d’objectifs. Chaque changement est une poussière et une minute de souffle.
  • Le flash cobra, l’ordinateur, le deuxième zoom « au cas où ».
  • Le filtre polarisant au sommet : il vole de la lumière et peut barrer le ciel. Utile en forêt, retiré plus haut.

Le terrain

47 conseils, chacun sur une image vraie

Pas des réglages d’atelier. Les photos de la mission de juin, et ce qu’elles enseignent : cadrage, lumière, froid, singes, selfie, et le sac qu’on peut vraiment porter.

  1. 01

    Le tiers, pas le centre

    Un marcheur dans le tiers donne au volcan son échelle. Un sommet posé au milieu, sans premier plan, devient une carte postale plate. Laissez de l’air devant le pas, pas derrière.

    Le tiers, pas le centreLe tiers, pas le centre
  2. 02

    Exposer pour le visage, pas pour la neige

    La neige et le ciel mentent au posemètre. Touchez un visage, ou ouvrez d’un cran. Sinon tout sort gris, y compris les gens. 1/500 s au moins : à 5 000 m, les mains tremblent.

    Exposer pour le visage, pas pour la neigeExposer pour le visage, pas pour la neige
  3. 03

    Le plan large, quand l’expédition est le sujet

    Reculez. La file, le pont, la lobélie : c’est le récit. Un zoom trop long coupe les camarades et fait croire qu’on était seul. On ne l’était pas.

    Le plan large, quand l’expédition est le sujetLe plan large, quand l’expédition est le sujetLe plan large, quand l’expédition est le sujet
  4. 04

    Le plan serré, quand c’est une personne

    Approchez. Le bonnet, la casquette, le souffle. La montagne reste dans le flou, et elle suffit. Le sourire fatigué est plus vrai que le sourire de commande.

    Le plan serré, quand c’est une personneLe plan serré, quand c’est une personneLe plan serré, quand c’est une personne
  5. 05

    Le contre-jour se décide

    Soleil dans le dos du sujet, ou dans le vôtre : choisissez. Face à la lumière, exposez pour le visage et laissez le ciel brûler un peu. Un bandeau, une visière, un flare peut être le sujet. f/5,6, ISO auto plafonné à 800 tant qu’il fait jour.

    Le contre-jour se décideLe contre-jour se décideLe contre-jour se décide
  6. 06

    L’heure d’or ne prévient pas

    La dernière heure, avant que la soie violette tombe. Les immortelles s’allument. Mawenzi se découpe. N’attendez pas que le groupe soit bien aligné : la lumière part la première.

    L’heure d’or ne prévient pasL’heure d’or ne prévient pasL’heure d’or ne prévient pas
  7. 07

    L’heure bleue, la lame orange

    Avant que le soleil touche les visages, le ciel est déjà l’image. Mawenzi en silhouette, la mer de nuages, la ligne de feu. Pas de trépied : 1/125 s, ISO 800, un genou en appui. Trente secondes, puis on marche.

    L’heure bleue, la lame orangeL’heure bleue, la lame orange
  8. 08

    La nuit : une image, pas un reportage

    Une seule vue, puis on marche. Ici la frontale est le sujet : on expose pour elle et on laisse le reste dans le noir. ISO 1600 à 3200, f/2,8, 1/60 s si quelqu’un bouge. Si tout le monde est assis, boîtier calé sur un genou, 1 seconde. On n’éclaire personne d’en face : la lampe des autres est déjà dans le cadre. Le flash cobra reste à Moshi.

    La nuit : une image, pas un reportage
  9. 09

    La batterie dort contre vous

    Le froid ment sur la jauge. Une batterie « morte » revit souvent dans la poche de poitrine. Celle qui ne sert pas n’est jamais au fond du sac. On ne découvre la panne sur la crête.

    La batterie dort contre vousLa batterie dort contre vous
  10. 10

    Le sac photo selon le corps

    Guillaume Sevin, ancien sportif de haut niveau, très haute VMA, excellente capacité anaérobie et récupération rapide, a porté un Nikon D850 avec grip, cinq batteries de grip, quatre batteries classiques, le 14-24 mm f/2,8 G, le 24-70 mm VR et le 70-200 mm f/2,8 E VR. Pas de bâtons. Pas de trépied. C’est une exception, pas un modèle. Un marcheur très entraîné, sans être champion : un boîtier, un zoom, et des bâtons. Un marcheur de trek régulier, sans entraînement soutenu : un compact léger, ou le téléphone dans la poche de poitrine. Le boîtier pro se paie en souffle.

    Le sac photo selon le corpsLe sac photo selon le corpsLe sac photo selon le corps
  11. 11

    La forêt est sombre. Le flash ment.

    À midi, sous les fougères, le posemètre croit qu’il fait nuit. ISO 800 à 1600. Flash éteint. 1/250 s si les gens marchent. Le flash fait des visages de cire et tue la voûte.

    La forêt est sombre. Le flash ment.La forêt est sombre. Le flash ment.
  12. 12

    Les singes, sans risque et sans poursuite

    On est chez eux. Appareil déjà allumé, courroie courte, rafale de trois, puis on marche. On ne quitte pas le sentier. On ne tend rien à manger. Un colobe qui s’approche est déjà trop près : on recule. Le téléobjectif sert à ça, pas à traquer.

    Les singes, sans risque et sans poursuiteLes singes, sans risque et sans poursuiteLes singes, sans risque et sans poursuite
  13. 13

    Admirer la jungle avant de la prendre

    Levez les yeux une minute : lichens, sacs orange, trois sourires. L’image juste vient après le regard. Qui mitraille dès la porte rentre avec cent voûtes identiques.

    Admirer la jungle avant de la prendreAdmirer la jungle avant de la prendreAdmirer la jungle avant de la prendre
  14. 14

    La pluie sur le matériel

    Cape sur le sac, boîtier sous la veste. Pas « deux secondes » sous l’averse. Si ça s’installe, un sachet autour du boîtier. On essuie le front. On n’essuie pas la lentille avec le t-shirt.

    La pluie sur le matériel
  15. 15

    La cendre est une poussière

    Le gravier du Kibo est une poudre fine. On ne change pas d’objectif dans le vent. Un zoom suffit. Le chiffon vit dans un sachet zip, pas au fond d’une poche ouverte.

    La cendre est une poussièreLa cendre est une poussière
  16. 16

    Le meilleur moment n’est pas midi

    C’est l’aube au-dessus de Mawenzi, puis les dix minutes où la neige s’allume. Après, les doigts ne servent plus. Rangez. Une image tenue vaut quatre cents déclenchements.

    Le meilleur moment n’est pas midiLe meilleur moment n’est pas midi
  17. 17

    Où faire le meilleur selfie

    Pas au panneau, gants épais, sourire de commande. Plus bas, quand on a encore les doigts : téléphone à bout de bras, soleil de trois-quarts, un camarade dans le cadre, Mawenzi derrière. Au sommet, une seule photo large avec la pancarte. Le doigt qui montre la neige vaut mieux qu’une grimace.

    Où faire le meilleur selfieOù faire le meilleur selfieOù faire le meilleur selfie
  18. 18

    On ne bloque pas la colonne

    Trois pas sur le côté, puis le cadre. Derrière, quelqu’un compte ses respirations. On ne « refait » pas. Le sentier n’est pas un studio.

    On ne bloque pas la colonneOn ne bloque pas la colonne
  19. 19

    Un premier plan, ou rien

    Immortelles, lichen, un bloc. f/8 si les fleurs et le sommet doivent être nets ensemble. Sinon f/2,8, et le sujet seul. Un ciel bleu et une pente grise ne font pas une image.

    Un premier plan, ou rienUn premier plan, ou rienUn premier plan, ou rien
  20. 20

    Une pancarte, une fois

    Gilman’s, Uhuru, ou le panneau qui dit de ne pas allumer de feu. Le nom doit se lire. Après, on n’y revient pas dix fois. Le groupe et le lieu, dans le même cadre.

    Une pancarte, une foisUne pancarte, une foisUne pancarte, une fois
  21. 21

    Demander, puis montrer

    Au marché, on demande. Un refus est une réponse, on passe. Le soir, on montre les images aux guides. C’est leur montagne. Ils savent quelles-unes sont justes.

    Demander, puis montrerDemander, puis montrer
  22. 22

    Des gants qui règlent encore

    Les moufles marchent. Elles ne tournent pas une molette. Une paire fine dans la poche : trente secondes, le cadre, puis on remet chaud. Une dragonne. Les gants épais font tomber les choses.

    Des gants qui règlent encore
  23. 23

    Deux cartes. On ne formate pas.

    Jamais sur la montagne. On ne découvre pas une carte pleine à Gilman’s. On copie au camp quand il y a du courant. Le téléphone chargé finit la journée si le boîtier a froid.

    Deux cartes. On ne formate pas.
  24. 24

    La buée de la hutte

    En rentrant, glissez le boîtier dans un sac fermé, encore dehors. La condensation se pose sur le sac, pas dans l’appareil. On ouvre quand tout est à la même température.

    La buée de la hutte
  25. 25

    L’écran ment au soleil

    En plein jour, l’écran est trop clair et l’image a l’air bonne. L’histogramme, non. Si le graphe est collé à droite, la neige est brûlée et ne reviendra pas. S’il est collé à gauche, les visages sont bouchés. On corrige d’un cran, on revérifie, on range. Les clignotements de surexposition, s’ils existent sur le boîtier, servent à ça.

    L’écran ment au soleilL’écran ment au soleil
  26. 26

    Le RAW, pour la neige et les visages

    Le JPEG fige l’erreur d’exposition. Le RAW garde de la marge, surtout quand le ciel, la neige et une peau sombre sont dans le même cadre. Deux cartes, déjà. Le RAW prend de la place : on le prévoit à Moshi, pas à Kibo. On ne développe pas sur la montagne. On ramène les fichiers.

    Le RAW, pour la neige et les visagesLe RAW, pour la neige et les visages
  27. 27

    f/8, pas f/22

    Fermer à f/22 ne rend pas le volcan plus net. La diffraction ramollit tout. Pour l’expédition et la montagne ensemble, f/5,6 à f/8 suffit, avec le point sur le marcheur le plus proche. Grande ouverture seulement pour un visage, quand la lumière tombe. Le paysage n’a pas besoin d’un trou d’aiguille.

    f/8, pas f/22f/8, pas f/22
  28. 28

    Le collimateur sur l’œil

    L’autofocus large accroche la crête, le ciel, le sac du voisin. Un seul collimateur, posé sur l’œil le plus proche. Suivi si la personne marche vers vous, ponctuel si elle pose. En forêt sombre, une lampe ou le bord d’un tronc contrasté aident le boîtier à accrocher. Une image floue sur l’œil est une image à jeter, même si le volcan est parfait.

    Le collimateur sur l’œilLe collimateur sur l’œil
  29. 29

    La mer de nuages donne l’échelle

    Des gens sans le vide sous eux ne disent pas l’altitude. Ici l’expédition est petite, la mer est immense, et l’on comprend tout de suite où l’on est. Reculez jusqu’à ce que les nuages entrent dans le cadre. Un sommet cadré trop serré redevient une colline.

    La mer de nuages donne l’échelle
  30. 30

    Attendre que le soleil entre dans la plante

    Les immortelles ne sont pas un décor. On se place pour que le soleil les traverse, et l’on expose pour les feuilles, pas pour le disque. Le flare est accepté s’il part de la plante. Un pas de côté, et la même fleur redevient grise.

    Attendre que le soleil entre dans la plante
  31. 31

    Un genou à terre, un bloc devant

    Debout, le sentier est plat et le volcan flotte. Agenouillé, le lichen et le bloc deviennent le premier plan, Kibo reste net derrière. C’est l’image qui a une profondeur. f/8, le point sur la pierre la plus proche, pas sur l’horizon.

    Un genou à terre, un bloc devant
  32. 32

    Photographier celui qui photographie

    L’œil dans le viseur, au-dessus des nuages, dit le métier mieux qu’un sourire tourné vers vous. On attend le geste : la main sur le boîtier, le corps tourné vers le sujet. On ne demande pas « regarde-moi ». L’excellent photographe montre le travail, pas la pose.

    Photographier celui qui photographie
  33. 33

    Une seule couleur suffit

    Le kanga rouge sur la voie ferrée porte toute l’image. Le reste est terre, rail, ciel. Cherchez ce point, et ne le noyez pas sous d’autres rouges. Au marché comme sur la cendre, une couleur décidée vaut mieux qu’un cadre rempli.

    Une seule couleur suffit
  34. 34

    La file entre par un coin

    L’expédition sur le gravier, épaule contre épaule, dessine une diagonale. On la laisse entrer par le bas du cadre et sortir vers la pente. Centrer la colonne la coupe en deux et tue le mouvement. Trois pas de côté, et la ligne travaille.

    La file entre par un coin
  35. 35

    Le marché est une image, pas une pause

    L’étal d’ananas sous la bâche rayée se compose comme un sommet : couleurs, ombre, gens qui travaillent. On demande, on attend qu’un geste arrive, on ne mitraille pas les visages de face. Un voyageur qui ne ramène que le volcan n’a vu que la moitié du voyage.

    Le marché est une image, pas une pause
  36. 36

    Une porte, un pont, une branche

    Le départ Marangu est déjà cadré par la cabane et les arbres. Utilisez ce que le lieu donne : un linteau, une passerelle, une voûte de mousse. Le sujet au fond du cadre naturel a l’air voulu. Sans ce bord, c’est une photo de groupe devant un bâtiment.

    Une porte, un pont, une branche
  37. 37

    La silhouette avant le visage

    À l’aube, Mawenzi est encore une masse et le marcheur un trait sur le roc. C’est le moment. Dès que le soleil éclaire les joues, le ciel se lave et la magie part. On expose pour le ciel, on laisse les corps noirs. Le détail viendra dix minutes plus tard, si l’on a encore les doigts.

    La silhouette avant le visage
  38. 38

    Le soleil bas dessine les bâtons

    Le pas, le bonnet, les ombres des bâtons : la lumière rase fait le dessin. À midi, ces mêmes ombres sont sous les pieds et l’image est plate. On marche quand le soleil est de côté, et l’on cadre assez large pour que l’ombre entre dans la photo. Elle est un personnage.

    Le soleil bas dessine les bâtons
  39. 39

    Deux modes, enregistrés à Moshi

    Sur la cendre, on ne rouvre pas les menus. Le cerveau à 5 000 m ne programme plus rien, et les gants non plus. Avant l’avion, on enregistre deux mémoires. Jour : f/8, ISO 400, autofocus ponctuel, mesure matricielle. Nuit : f/2,8, ISO 1600, mise au point manuelle. Au sommet, on tourne une molette. Chercher un réglage au milieu de la pente, comme ici, c’est le geste à ne pas faire.

    Deux modes, enregistrés à Moshi
  40. 40

    Dans le bleu, on fait le point à la main

    Avant l’aube, l’autofocus accroche le gravier du premier plan et laisse la file molle. On passe en manuel. Au live view, on zoome sur une frontale lointaine ou sur le bord de la crête, on cale l’infini, on ne retouche plus. ISO 1600 à 3200, f/2,8, 1/60 s tant que les gens marchent. Le collimateur automatique, dans ce bleu, ment.

    Dans le bleu, on fait le point à la main
  41. 41

    Le point au tiers, pas sur le volcan

    Faire le point sur Mawenzi rend les blocs du premier plan mous. Le faire sur le rocher le plus proche noie le sommet. On vise un détail à environ un tiers dans la profondeur, f/8, puis on agrandit l’écran pour vérifier les deux. C’est l’hyperfocale des guides de paysage, sans la formule : le contrôle suffit. Ici, le bloc net et Mawenzi net tiennent dans la même vue.

    Le point au tiers, pas sur le volcan
  42. 42

    Trois vues quand le ciel et le roc se battent

    À l’aube, l’orange du ciel et la roche à l’ombre ne tiennent pas dans une seule exposition. On fait trois déclenchements, −1, 0, +1, sans bouger les pieds. On expose d’abord pour le ciel : l’orange brûlé ne revient pas. Les ombres, en RAW, se relèvent au retour. La balance des blancs automatique refroidit cette chaleur. On la laisse sur lumière du jour.

    Trois vues quand le ciel et le roc se battent
  43. 43

    Le polarisant, seulement sur la lande

    On le tourne jusqu’à ce que les nuages se détachent et que la brume tombe. Il travaille à 90° du soleil, pas face à lui. Sur un trop grand angle, le ciel devient une tache sombre d’un seul côté : on revient un peu en arrière. Au-dessus de 4 000 m, on l’enlève. Il vole un cran et demi, les mains tremblent, et la nuit du sommet a besoin de cette lumière. Le 14-24 mm n’en prend pas. Tant mieux à cette heure-là.

    Le polarisant, seulement sur la lande
  44. 44

    La courroie tendue, le coude collé

    À bout de bras, tout bouge, surtout quand le souffle est court. On tend la courroie contre le torse, on plaque le coude, on expire, puis on déclenche. 1/250 s dès qu’on est essoufflé. Une image un peu bruitée et nette vaut mieux qu’une image propre et floue. Le stabilisateur aide. Il ne remplace pas l’appui.

    La courroie tendue, le coude collé
  45. 45

    On ne tend l’appareil à personne

    À la porte, à Moshi, au panneau, quelqu’un propose de prendre la photo du groupe. On ne lui donne pas le boîtier. Un inconnu qui part avec, et les images du sommet n’existeront pas : l’ascension peut réussir, le reportage est déjà mort. Le retardateur sur un rocher, ou un membre de l’expédition. Personne d’autre. La pancarte de Gilman’s se fait comme ça : entre vous.

    On ne tend l’appareil à personne
  46. 46

    Trois déclenchements, puis le pas

    La photo qui vous décroche du groupe rate les deux choses : le cadre, et la suite de la journée. Rafale de trois, courroie contre le torse, on avance. Celui qui reste pour « encore une » est celui que le guide attend, puis celui qui est malade plus haut. L’image nette est dans la rafale. La réussite de l’ascension est dans le pas qui reprend.

    Trois déclenchements, puis le pas
  47. 47

    Le point de vue secret n’existe pas

    On vous promet un angle meilleur, hors du sentier, une visite de plus. C’est le même piège que le faux guide. On quitte la file, on n’a rien de plus net, et l’on peut manquer la hutte. Le sentier est déjà le point de vue. La photo juste et le sommet se font dessus, pas à côté.

    Le point de vue secret n’existe pas
Cercopithèque à diadème

La politesse

Photographier sans prendre

  • Au marché, on demande. Un refus est une réponse. On passe.
  • Sur le sentier, on ne s’arrête pas dans un passage étroit. Trois pas sur le côté, puis le cadre.
  • Les singes ne se nourrissent pas. Les corbeaux non plus, même s’ils insistent.
  • On ne sort pas du chemin pour « le bon angle ». La pousse alpine met des années. Votre photo, une seconde.
  • Le soir, on montre les images aux guides. C’est leur montagne. Ils savent quelles-unes sont justes.
Vos questions